L’association Torch

mai 3, 2010

Nous voici rendus en fin d’année, j’interromps ici le fil chronologique des événements pour écrire sur une association qui s’occupe d’enfants vivant dans la rue dans le quartier de Nizzamuddin, quartier musulman à l’est de Delhi.

Cette association prend à la fois en charge des garçons et des filles ( il y a deux petites pièces et une allée qui passe entre les deux, une pièce étant pour les garçons et l’autre pour les filles ). Si les filles ont en général une structure familiale minimale et vivent dans des conditions décentes, certaines étant même scolarisées, la vie des garçons est plus difficile. La plupart vivent dans la rue, seuls ou avec leur famille, ou dépendent d’autres associations pour pouvoir éventuellement et parfois disposer d’un toit pour passer la nuit. La plupart font des petits boulots qui leur permettent de se débrouiller et d’avoir un minimum vital.

Nandan est l’homme qui s’occupe de tous ces enfants, âgés de 6 à 17 ans ( dont le nombre est variable selon les jours, parfois une dizaine, parfois une trentaine, selon les petits boulots des uns et des autres ). Il leur apprend à lire, les occupe pour qu’ils ne traînent pas dans la rue, et essaie de les scolariser, ce qui n’est pas toujours simple ( un des enfants, Ali, sept ans, qui semble particulièrement intelligent n’est pas scolarisé, malgré les demandes de Nandan, car son beau-père alcoolique et sa mère ne le souhaitent pas, or leur accord est nécessaire … ). Bref, Nandan est un type vraiment formidable qui s’occupe de ces enfants durant la semaine, le matin et l’après-midi ; Nazeema, une autre intervenante, étant là pour s’occuper des filles le matin.

Nandan

La très modeste part que j’ai prise dans cette association a consisté à donner, environ une fois par semaine, des petits cours d’histoire et de géographie ( au fond, je ne sais pas faire grand-chose d’autre, et ne peux pas donner de cours d’électronique ou de mécanique même si ça aurait sans doute été bien plus utile ), pour présenter l’Inde et le monde à ces enfants. Etant donné que Nandan devait traduire en hindi ce que je disais aux garçons ( les filles parlent un peu anglais ), je me suis interrogé sur ma réelle utilité, mais ici n’est pas le lieu.

Bref, et c’est pour cela que je parle de Torch aujourd’hui et non pas plus tard comme je le voulais, Torch connaît des problèmes financiers. Alors qu’avant l’association disposait de trois petites pièces ( deux en bas, et une en haut pour l’administration ), le manque d’argent les a contraint a abandonner la pièce du haut il y a un mois, partageant une du bas entre l’administration et les enfants. Certes, Torch dispose du soutien de l’association Main Tendue ( de Delhi Accueil, le groupe des expats français à Delhi ) pour acheter quelques vêtements ou organiser une sortie, mais le problème est là : tant pour payer le logement que les intervenants ( Nandan, Nazeema … ), Torch a besoin de sous.

Et donc, je m’adresse à vous chers lecteurs, pour solliciter de l’argent pour permettre à cette association de tourner encore et de s’occuper convenablement de ces enfants. Si vous êtes intéressés, envoyez-moi un mail ( wantwotree@hotmail.com ) pour voir comment transmettre un don à cette association. Comme j’y vais chaque semaine, vous pouvez être sûr que je ne détournerai pas les fonds, et que cela aide réellement cette association. Mais comme je quitte l’Inde dans trois semaines, si vous voulez aider l’association Torch, faites vite signe !

En vous remerciant de l’aide que vous pouvez porter à cette association !!

Atif

Holi !

avril 16, 2010

Holi est la fête des couleurs, célébrant le printemps et la fertilité. Pour cette fête, tout le monde achète des pistolets à eau et de la poudre colorée, pour en asperger tous les autres. Si on peut être ainsi attaqué dans la rue, c’est à JNU que nous avons véritablement fêté Holi. Nous y sommes allés le matin, armés de nos pistolets à eau et de nos poudres, et habillés en blanc, histoire de garder par la suite un souvenir de cette fête.

Rendez-vous à Jhelum, un des hostels de JNU, sur la devanture duquel il y a une place où la bataille était prévue. Ce fut donc pour bon nombre d’Indiens l’occasion de se défouler complètement. C’est hallucinant comme, l’espace d’une matinée, tout le monde semblait avoir perdu la raison.

Mais il y a une autre raison à cet état d’hystérie, et c’est la deuxième raison qui rend Holi si célèbre. Car Holi, c’est aussi la fête où tout le monde boit du bhang, une sorte de boisson à base de lait et de marijuana, en libre service dans les hostels de JNU en ce jour de fête. On a pu donc voir des effets secondaires assez amusants : chez Roger ( je change le prénom, il se reconnaîtra ! personne n’a de prénom aussi ridicule ici ) qui me dit “Erwan je perds mes repères spatio-temporels ( sic ), la route est longue, longue, j’en vois pas la fin. J’ai l’impression que la journée dure une semaine”. Ou encore Vladimir ( nom changé aussi ), qui est parti avec deux personnes sous les épaules, se traînant lamentablement vers un hostel. Ayant déjà testé les effets secondaires de la boisson à Bénarès, j’ai pris soin de ne pas en prendre trop ce jour-là !

Retour à Calcutta depuis Cox’s Bazar

avril 16, 2010

Nous sommes ensuite rentrés tranquillement à Calcutta, ce qui nous a tout de même pris trois jours. Nous avons pris le premier bus de Cox’s Bazar à Chittagong, où j’ai eu la chance d’avoir pour voisin Abdul Malek Bappy, joueur d’échecs international bangladeshi, qui participera peut-être à la prochaine coupe du monde s’il arrive à se qualifier au sein de l’équipe nationale. Par ailleurs, il s’occupe de monter des défilés de mode au Bangladesh. La conversation prit parfois des tournures étranges, notamment lorsqu’il sortit ” Au Bangladesh, la plupart des gens sont heureux. En France, 82% des gens ne sont pas heureux. Comment ça se fait ?” Je ne sais pas d’où il sortait ses stats …

Bref, arrivés à Chittagong, nous avons pris un second bus, en direction de Dhaka, dans lequel nous avons passé la nuit. A Dhaka, nous n’avions plus grand-chose à faire, et  étant un peu fatigués de cette nuit en bus, nous sommes allés au palais rose que nous n’avions pas pu visiter. La visite se fait rapidement, mais le plus intéressant était dans le jardin, car nous étions observés voire suivis par de nombreux Bangaldeshis. Mais, quand on s’est assis en haut des marches de l’entrée du palais, on a vu un groupe encore plus énorme, d’une bonne cinquantaine de personnes : ils entouraient deux familles d’Occidentaux, dans lesquelles il y avait par ailleurs des enfants. Lorsque ces deux familles amies ont monté l’escalier et se sont assises à côté de nous, la foule était telle sur l’escalier que deux gardes ont du les repousser et veiller à ce que plus personne ne monte. Scène étrange : les Blancs en haut de l’escalier en train de discuter, les Bangladeshis en bas en train de regarder …

En fait, l’une des deux familles est suisse allemande et vit à Dhaka depuis sept ans, l’autre était venue lui rendre visite. Le père de la famille résidente vendait des prothèses ici, après avoir vécu aux Etats-Unis ; mais il prévoit de rentrer en Suisse l’an prochain, pour donner une bonne éducation à ses enfants. Contrairement à ce que je pensais, il nous dit qu’il y avait beaucoup d’expatriés à Dhaka. Quand nous lui demandâmes si au bout de sept ans s’il s’était habitué à la foule, il nous répondit “Ah non, ça c’est impossible, jamais”. Et quand nous lui demandâmes ce qu’il faisait le week-end, il nous dit, dans son accent suisse, “le week-end, on va au club. On se retrouve entre expats, il y a une piscine et on y joue au tennis”. Somme toute, un très bel exemple de néo-colonialisme, les expats restant entre eux. Et quand il veut se changer les idées, ce n’est pas au Bangladesh, ni même en Inde qu’il voyage, mais en Thailande.

Scène de rue à Dhaka : un attroupement autour d'un homme qui présente un pigeon, des ustensiles de cuisine et des condiments. Je ne sais pas ce qui est advenu au pigeon, car j'ai été prié de ne pas prendre de photo et de bien vouloir partir.

Plus tard, quand on s’est reposés dans l’herbe du jardin, nous avons rencontré trois autres Français, Alessandre, Elisabeth et Florian, étudiants à l’EDHEC venus faire un stage de quatre mois dans le social business à Dhaka. Les Français sont partout, haha !!

Scène de rue à Dhaka : une manifestation ( le vert pour l'Islam j'imagine ? )

Le soir, nous reprîmes le bus pour la deuxième nuit consécutive. Nous passâmes la frontière le lendemain matin, et arrivâmes à Calcutta vers midi. Après deux nuits en bus, nous avions tellement la flemme de tout que nous nous sommes posés au McDonald’s de Park Street, avant de passer l’après-midi dans la librairie et un café un peu plus loin. Certes, c’était notre dernier jour à Calcutta et nous aurions pu en faire quelque chose de plus productif, mais nous étions crevés … Le soir, nous reprîmes l’avion pour Delhi, clôturant ainsi ce voyage au Bangladesh.

Cox’s Bazar

avril 16, 2010

Le dernier jour avant de rentrer vers Dhaka, nous sommes allés toujours plus au sud, à Cox’s Bazar, qui est censée être la plus longue du monde. A Cox’s Bazar, il n’y a pas grand-chose à faire. On peut difficilement se reposer sur les transats car toutes les deux minutes il y a quelqu’un qui passe : un vendeur de boisson, un mendiant, un type qui veut poser pour la photo, etc. Si l’on s’éloigne de la zone où il y a énormément de monde, la plage redevient cependant agréable, longue, belle et bordée de cocotiers. Nous sommes restés quatre heures, avant de reprendre le bus pour un périple vers Calcutta.

Chittagong

mars 26, 2010

Après Sylhet et Srimangal, nous avons repris le train pour aller vers le sud, à Chittagong, deuxième ville du pays. C’est un grand centre économie, d’autant plus important que c’est le premier port du pays. L’arrivée en train se fait en passant d’abord par d’interminables bidonvilles., le long des trains. Arrivés là-bas et après avoir trouvé un hôtel, nous avons commencé par aller voir deux célèbres mosquées. L’une d’elle a une forme vraiment amusante , en hauteur et toute en couleur. Nous nous sommes ensuite promenés dans la ville, rencontrant un étudiant heureux d’essayer son français sur nous : il étudiait le français à l’Alliance française. Le réseau de l’Alliance française est vraiment impressionnant, je ne m’attendais pas à en trouver jusqu’à Chittagong !

Nous sommes ensuite allés visiter l’ancienne résidence de Ziaur Rahman, qui a été le premier président de la République du Bangladesh en 1971. Il a été assassiné dans l’escalier principal de cette résidence, les taches de sang sur les murs sont d’ailleurs soigneusement préservées.

L'ancienne résidence de Ziaur Rahman, devenue un musée.

Puis nous sommes allés constater ce qui fait aussi la triste renommée de Chittagong : les chantiers navals. par chantier naval, il ne faut pas comprendre construction de bateaux, mais bien leur destruction. Les anciens navires, pétroliers, porte-conteneurs qui ont passé l’âge et ne correspondent plus aux normes dans les pays comme la France sont vendus à des entreprises établis dans des pays à peu de contrainte, pour y jouir d’un pavillon de complaisance ( genre Panama, Costa Rica, Bahamas … ). 63% de la marine marchande naviguant sous pavillon de complaisance, ça en fait pas mal. Une fois que ces navires sont devenus de véritables bateaux-poubelles, il se traînent jusqu’au Gujarat ou à Chittagong pour être démembrés ( le porte-avion français Clemenceau devait par exemple être démembré au Gujarat, avant de repartir piteusement en France ).

Nous avons donc pris le rickshaw sur une vingtaine de kilomètres, pour sortir de la ville. Le long de la route sont étalées des pièces de bateau sur des kilomètres, et on y trouve de tout, énormes moteurs, roues, pavillons, et de nombreux autres objets dont je ne connais pas la fonction. Arrivés à l’endroit de la casse des bateaux, nous nous dirigeons vers l’immense porte, mais on ne veut pas nous laisser entrer. En fait, un long mur protège l’activité des entreprises de casse du regard des indésirables. On nous dit d’aller à une autre porte plus loin. Nous reprenons le rickshaw, et nous faisons à nouveau refouler comme des malpropres ; décidément nous n’avons rien à faire ici. Troisième porte, même refus d’entrer, de jeter un oeil. Alexandre dit que nous sommes là pour des raisons universitaires, que nous faisons une thèse sur les ouvriers des chantiers navals de Chittagong ( carte d’étudiant à l’appui ), avant de proposer un backshish, mais rien à faire. Il faut aller plus loin encore, là où il n’y a plus de mur pour cacher l’activité des entreprises.

A 35 km de Chittagong, nous pouvons donc voir ces immenses carcasses de bateau en train de se faire démembrer. En demandant, à un responsable d’un chantier, on apprend que 3000 ouvriers travaillent dans son entreprise, et qu’il démembrent trois navires par an. La condition des ouvriers qui travaillent là est très dure. Il fait chaud, il y a de la poussière, ils inhalent toutes sortes de produits toxiques lorsqu’ils démembrent les bateaux. En donnant 100 takas à ce responsable, il nous laisse nous approcher un petit des bateaux, mais guère plus, et ne tient pas à ce que nous ne nous rapprochions. A la petite buvette où nous payons un tchai à notre chauffeur de rickshaw, nous avons plus l’air d’extra-terrestres que jamais. Et en quittant les lieux, nous voyons une file de travailleurs qui revient du chantier. Comme ils sont minuscules à côté du monstre qu’ils détruisent !

Des ouvriers en file indienne rentrant du travail

En revenant vers Chittagong, nous avons dû prendre ce qui doit être une des routes les plus dangereuses du pays. Il ne manquait plus que la petite musique pour se croire dans un jeu du style Mario Kart. En effet, la route est en bon état, du coup tout le monde fonce et se double. Le problème, c’est que cette route a la taille d’une départementale française, tracée droite. Et lorsque l’on a en face de soi, de front, deux camions et une jeep ( comment tout ça tient de front sur une départementale ? bonne question … ), et qu’on est en rickshaw, il y a vraiment moyen d’y avoir quelques sensations fortes, et quelques pensées morbides. Tout le monde double tout le monde. En fait, l’acte normal et premier est de dépasser, en toute circonstance. L’acte second est d’évaluer comment éviter les véhicules qui arrivent en face…

De retour à Chittagong, nous sommes allés voir  le cimetière de la Seconde Guerre Mondiale, puis l’Eglise catholique de la ville, la Portuguese Church.En regardant les tombes dans le cimetière, on s’aperçoit que plusieurs prêtres français y ont officié. Nous y avons croisé le Père Pierre Benoît, originaire du Québec, installé là depuis 1967, et qui semblait étonné et content de voir des Français.

Enfin, nous sommes allés sur les berges du fleuve Karnaphuli, qui traverse la ville, mais comme la nuit tombait et que nous n’avions pas particulièrement envie de refaire la curieuse promenade que l’on avait faite à Dhaka, nous n’avons pas pris de shikara. Une fois de plus, le long des berges, il y a sans cesse de l’agitation, du monde, du bruit, des odeurs.

Srimangal

mars 25, 2010

Le train. Retour quelques dizaines d'années en arrière.

Après Sylhet, nous avons pris le train vers une petite ville de campagne : Srimangal. Pour nous y rendre, nosu avons pris un train dont l’intérieur faisait penser à un train ancien : somme toute assez confortable, mais profondément vieillot et limite crade. Il faut cependant noter qu’il est assez facile de prendre un train au Bangladesh, en tout cas c’est plus simple qu’en Inde. Il n’y a pas trop de bazar au guichet, et les trains partent à peu près à l’heure ( ce qui n’est bien souvent pas le cas dans la vallée du Gange dans le nord de l’Inde ).

La première chose que l’on voit en arrivant à Srimangal, c’est une cathédrale. En effet, de nombreux missionnaires américains font du prosélytisme dans le coin ( et de l’autre côté de la frontière, en Inde, l’Etat du Nagaland et même devenu à majorité chrétienne, c’est dire ). Avec des finances solides qui leur permettent de construire de nombreuses églises et de convertir de façon parfois limite de nouvelles personnes, les missionnaires américains sont apparus dans les bagages des Britanniques au XIXe siècle, et d’autres viennent toujours.

Nous avons loué les services d’un guide pour la journée. Nous sommes d’abord partis faire un tour dans la campagne en rickshaw. Le Bangladesh étant presque tout plat, les paysages n’ont rien de très charmants ( sauf quand le riz est en état d’être récolté dans les rizières ). Nous sommes allés voir un lac, qui accueille chaque année les oiseaux migrateurs venant de Sibérie pour passer l’hiver. En prenant des petites routes en terre, on s’aperçoit que le rickshaw est loin d’être un 4×4 … Et en sortant un peu des villes pour voir des villages, on s’approche un peu plus de ce qui fait la triste renommée du pays : la pauvreté …

Dans la seconde partie de la journée, nous sommes allés voir des plantations de thé et d’ananas. Alors que le thé se cultive d’habitude sur des hauteurs et sur des collines, le thé à Srimangal se cultive ( certes sur de petites collines ) mais aussi sur des zones plates. Et comme le thé y pousse à 75 mètres au-dessus du niveau de la mère, Srimangal est la plus basse plantation de thé au monde. Les plantations d’ananas, elles aussi disséminées sur de riantes collines, formaient un superbe paysage.

Pour finir la journée, nous avons fait un tour dans une sorte de jungle ou d’épaisse forêt, où l’on peut croiser de nombreux singes et autres animaux marrants.

Sylhet

mars 24, 2010

Le jour suivant, nous avons pris le bus pour aller au nord-est du pays, à Sylhet. Le trajet en bus est assez impressionnant, certaines rizières s’étendent à perte de vue. Sylhet est une ville paradoxalement assez riche, puisque de nombreux Bangladeshis émigrés sont originaires de la région. Depuis l’étranger, ils envoient de l’argent à leur famille restée sur place, qui peut en vivre et donc maintenir un certain niveau de vie au Bangladesh. Du coup, il y a quelques petits malls.

Arrivés là-bas, nous avons entrepris de visiter les rares monuments de la ville. Il y a un tombeau d’un ancien prince musulman du XVe siècle ( dont je n’ai plus le nom ), qui est censé être la chose la plus impressionnante de la ville, mais qui pourtant reste modeste.

Nous pensions qu'il allait s'agir d'un combat entre le cobra et la mangouste. Mais il semble que cet homme ne faisait que la présentation d'une substance aux vertus curatives ...

Les rues de Sylhet correspondent assez à l’a priori que l’on peut avoir du Bangladesh : elle sont pleines de vie, débordent de monde et ne cessent de s’agiter. Il n’est pas rare de voir des petits vendeurs ou démonstrateurs dans la rue. En arpentant les rues et en cherchant l’ancienne maison du général Osmani, héros de l’indépendance de 1971, et qui a été transformée en musée à sa mémoire depuis, nous avons vu un cyclo-rickshaw s’arrêter devant nous, et un homme habillé en costume façon années 70 en est descendu et est venu tout sourire à notre rencontre. Cet homme, c’était Titu, un sacré personnage.

Titu est un émigré Bangladeshi qui travaille à Portsmouth en Angleterre en tant que consultant pour une entreprise inconnue. Habillé de façon pittoresque, alerte et volubile, Titu doit avoir la quarantaine. A peine dit bonjour, il nous raconte sa vie, nous dit que son oncle et dans le service anti-corruption de l’Etat, et que c’est un grand monsieur car “you know he could be very rich, but he was so honest that he prefered to struggle against corruption”. Etonné de voir des Occidentaux à Sylhet et après lui avoir dit que nous allions au musée Osmani, il nous a accompagné et dit aux malheureux gardiens à l’entrée du musée “ce sont mes amis vous comprenez, donc vous ne leur faites pas payer, ce sont des invités”. Avant d’ajouter à notre attention : “C’est bon j’ai tout arrangé, vous pouvez leur demander du café ou quoi que ce soit si vous en avez envie. Ce soir nous dînons ensemble ? 20h ? Parfait, quelle est votre hôtel et votre chambre ? Parfait, parfait, donc nous nous retrouvons là-bas à 20h”. Et au moment de le remercier “Don’t be stupid ! It’s normal”.

Titu et quelques personnes qui nous ont rejoint

Après avoir visité le musée qui était d’un intérêt très relatif et s’être de nouveau baladé en ville, nous avons donc mangé avec le fameux Titu. Un grand moment. Grand moment quand il se lança dans des diatribes constitutionnelles : “En Europe, le système contrôle le système. Au Bangladesh, ce sont les hommes qui contrôlent le système. Si demain je tue quelqu’un, mais que je connais un juge, je n’aurai absolument aucun problème. Et ce n’est pas bien. Mon oncle, d’ailleurs, etc.”. Puis ce fut le tour d’une analyse de politique internationale “Les Juifs sont en Angleterre, ils sont aussi aux Etats-Unis, ils sont à la tête du FMI, des grandes banques, les Juifs contrôlent le monde” ( rappel : les Israéliens sont interdits de séjour sur le territoire bangladeshi ). “You’re international, I’m international, we can speak together”, mais l’animal parle tellement qu’il est difficile d’en placer une. Au cours du repas, des amis et de la famille à lui nous rejoignent. Ce fut tout d’abord son frère : “Il va travailler en Angleterre. Il est moins éduqué que vous et que moi, mais il peut rester à table”. Puis d’autres personnes, de vingt, trente ou quarante ans. Et curieusement, tous étudiants. Même celui qui a l’air douteux et qui a une cicatrice qui lui court sur le visage, étudiant également. A la fin du repas, Titu paya la note “It’s my pleasure, don’t be stupid, in UK it’s, what ? 6 or 7 pound. You know it’s nothing”. Nous lui avons ensuite payer le café, pour entendre quelques unes de ces autres sorties spectaculaires.

Le fringant Titu, au milieu, en costume démodé

Deuxième jour à Dhaka

mars 23, 2010

Dans le panier, des poulets

Le deuxième jour, nous sommes allés visiter Old Dhaka. Nous avons commencé par visiter un temple hindou ( je ne sais plus à que divinité il était consacré ), reflet de la présente minoritaire hindoue au Bangladesh. Lors de la partition en 1947, la plupart des hindous du Pakistan oriental avaient fui pour aller en Inde ( de même que de nombreux musulmans ont fait le chemin inverse ).

Old Dhaka

Puis nous avons arpenté les rues sinueuses en quête de quelques restes de bâtiments du XVIIe siècle, mais au vu de leur état de conservation et de la difficulté à les trouver, c’est bien de restes qu’il s’agit. Nous avons croisé des enfants qui nous ont fait monté sur les toits, nous montrant leur école juste en-dessous de nous ( je n’ai pas bien compris s’il s’agissait d’une école coranique ). Nous avons failli entamer une partie de cricket sur un petit espace, avant qu’un homme qui était peut-être leur professeur ne s’y oppose. Old Dhaka est encore plus agitée qu’Old Delhi, ça vient, ça repart, ça ne s’arrête pas. Et comme les rues sont toutes petites, le trafic ne s’en trouve pas facilité.

L'église arménienne de Dhaka

En nous promenant, nous sommes passés par une magnifique mosquée aux dimensions réduites mais dont les murs étaient incrustées de nombreuses pierres multicolores. En continuant, nous sommes tombés sur une église arménienne, construite en 1781, où l’évêque de l’Eglise arménienne d’Australie vient deux fois par an pour y célébrer les messes de Pâques et Noël, avec les neuf familles arméniennes toujours établies à Dhaka.

Nous avons fini par atterrir à un ancien ensemble de palais entouré d’un parc. Plus loin,un autre palais, bien plus imposant, et peint tout en rose, qui servait à Lord Curzon ( qui était vice-roi des Indes au tout début du XXe siècle ) lorsqu’il était en déplacement à Dhaka. C’est un des rares bâtiments vraiment beaux du Bangladesh, mais il était fermé ce jour-là.

Ce palais se dresse juste en face du fleuve Buriganga. Ce fleuve est immonde et les quais qui y mènent sont souvent riches de toutes sortes d’odeurs. Des petites barques permettent de passer d’une rive à l’autre, ou simplement de faire un petit tour. Sur le fleuve, on croise donc aussi bien quelques couples qui partent amoureusement faire une ballade ( pour le romantisme, on oublie, c’est loin d’être Venise ! ) mais aussi des péniches chargées qui flottent par on ne sait quelle intervention divine. Pour certaines péniches, le pont est complètement sous l’eau et ont ne voit que la cabine qui surnage. Incroyable …

En revenant de cette charmante et glauque promenade en shikara, nous avons longé les quais, puis nous sommes passés par un marché avant de déambuler au hasard des rues.

Nous avons croisé un vendeur de pan (une sorte de tabac à chiquer ) auquel nous avons acheté trois portions, mais comme nous n’avions pas compris à quoi servait un bout en plus qu’il nous avait donné, nous avons demandé à quoi il servait.Difficultés pour se faire comprendre obligent, nous avons discuté pendant trois minutes, le temps pour une trentaine de personnes ( sans exagérer ) de s’amasser autour de nous et de regarder ce qu’il se passait. Normal …

Petit vendeur de pan

Première journée à Dhaka

mars 22, 2010

Les rickshaws de Dhaka ou pourquoi il n'est pas cool d'être une fille voyageant seule : il y a des grillages partout, et sur certains rickshaws, c'est le rickshaw-walla ( le chauffeur ) qui contrôle l'ouverture des portes ...

Comme nous avons perdu le Lonely Planet, je ne pourrai pas donner d’information précise sur les lieux, et la nomenclature des monuments va elle aussi souffrir un peu…

Le musée national

Nous avons commencé notre visite de Dhaka en allant au musée national, qui n’est pas si mal fait, qui regroupe de l’artisanat traditionnel, des informations sur le pays, un peu de géologie, l’histoire de la deuxième partition ( celle entre le Pakistan occidental et le futur Bangladesh, avec ses héros : Mujibur Rahman, Ziaur Rahman, etc. ), enfin une galerie de portraits et de reproductions de peintures européennes. On y trouve donc une copie de La Joconde, un portrait de Bonaparte et de Jean-Jack Russo … Au dernier étage, on trouve même une collection de miniatures suisses. Bref, on y trouve de tout !

Le parlement

Nous nous sommes ensuite promenés en ville, avant d’aller voir à quoi ressemble le parlement. Il s’agit d’une bâtisse immense au bout d’un grand parc. Le Palais Bourbon semble bien petit en comparaison. Puis nous sommes allés dans le quartier de l’université. L’université de Dhaka est connue, il s’agit d’un bâtiment néo-gothique construit par les Anglais. Satyendra Nath Bose y a enseigné ( c’était un grand scientifique, spécialiste de physique quantique, pour ceux à qui ça parle, c’est à lui qu’on fait référence quand on parle de condensat de Bose-Einstein ). Comme ce jour-là, c’était la journée de la langue bengalie ( dont les Bengalis sont très fiers, c’est entre autres parce que l’ourdou était la seule langue officielle au Pakistan oriental qu’ils ont fait sécession ), il y avait une immense foire au livre dans le quartier de l’université. Il y avait donc un monde fou, et le soir, il devait y avoir quelques activités pour commémorer ce jour important.

L'université de Dhaka

La Haute Cour de Justice, pas loin de l'université

Puis nous avons visité la grande mosquée de Dhaka, qui est moderne, et dont la grande salle rafraîchie par de nombreux ventilateurs doit pouvoir accueillir un important nombre de fidèles.

La porte d'entrée à la grande mosquée

Nous avons fini notre journée en allant vers le nord de la ville, dans les quartiers plus chics. C’est là que l’on trouve les ambassades, quelques magasins occidentaux et autres fast-foods. Il y a une réelle séparation dans la ville puisque la route qui y mène est longue et passe par une zone où il n’y a plus grand-chose. Pour les magasins, ce ne sont que des petits malls où les riches viennent se faire déposer en voiture, font leurs emplettes, avant de s’engouffrer dans leur voiture pour rentrer où faire un autre magasin sans âme. Il manque un peu de vie dans ce genre d’endroit.

Dhaka n'en finit plus de grandir ... Avec déjà 13 millions d'habitants, il s'agit de la ville ayant la plus forte croissance démographique au monde.

De Kolkata à Dhaka

mars 22, 2010

Le premier jour de notre voyage au Bangladesh a simplement consisté à prendre le bus de Calcutta à Dhaka. Et le trajet est en soi une aventure. Départ vers 7h, nous mettons environ quatre heures à atteindre la frontière à Benapole ( et là, étonnamment, la frontière fait bien plus classe côté bangladeshi que côté indien ). Comme il faut changer de bus, une foule de petits porteurs se pressent pour prendre nos sacs, les apporter jusqu’à la frontière, les donner à leurs homologues bangladeshis sui se chargeront de les porter jusqu’au nouveau bus. Chaque compagnie de bus a un stand qui permet aux voyageurs d’attendre en attendant de remplir les formalités de passage de la frontière. Dans les bureaux où l’on retrouve l’administration et la douane, on retrouve le grand fléau indien ( qui est aussi bangladeshi ) : il y a cinq ou six personnes derrière le comptoir, une pour prendre le passeport, deux pour tamponner le même passeport, un pour superviser, et un ou deux autres dont le rôle m’échappe encore. Ou comment pousser la division des tâches jusqu’à ce que celle-ci devienne inefficace.

Le bac

Bref, nous repartons, côté bangladeshi, direction Dhaka. Les autoroutes au Bangladesh sont l’équivalent de nos départementales ; et comme elles sont en bon état, ils foncent de façon vraiment dangereuse. La route est longue, il doit y avoir encore une dizaine d’heure de route. Au niveau d’un fleuve ( je crois que c’était le Gange ), nous avons du prendre un bac car il n’y avait pas de pont. Le soir, après une journée de bus, nous arrivons à Dhaka, et la ville semble plus moderne que ce que je pensais.


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.