Sylhet

Le jour suivant, nous avons pris le bus pour aller au nord-est du pays, à Sylhet. Le trajet en bus est assez impressionnant, certaines rizières s’étendent à perte de vue. Sylhet est une ville paradoxalement assez riche, puisque de nombreux Bangladeshis émigrés sont originaires de la région. Depuis l’étranger, ils envoient de l’argent à leur famille restée sur place, qui peut en vivre et donc maintenir un certain niveau de vie au Bangladesh. Du coup, il y a quelques petits malls.

Arrivés là-bas, nous avons entrepris de visiter les rares monuments de la ville. Il y a un tombeau d’un ancien prince musulman du XVe siècle ( dont je n’ai plus le nom ), qui est censé être la chose la plus impressionnante de la ville, mais qui pourtant reste modeste.

Nous pensions qu'il allait s'agir d'un combat entre le cobra et la mangouste. Mais il semble que cet homme ne faisait que la présentation d'une substance aux vertus curatives ...

Les rues de Sylhet correspondent assez à l’a priori que l’on peut avoir du Bangladesh : elle sont pleines de vie, débordent de monde et ne cessent de s’agiter. Il n’est pas rare de voir des petits vendeurs ou démonstrateurs dans la rue. En arpentant les rues et en cherchant l’ancienne maison du général Osmani, héros de l’indépendance de 1971, et qui a été transformée en musée à sa mémoire depuis, nous avons vu un cyclo-rickshaw s’arrêter devant nous, et un homme habillé en costume façon années 70 en est descendu et est venu tout sourire à notre rencontre. Cet homme, c’était Titu, un sacré personnage.

Titu est un émigré Bangladeshi qui travaille à Portsmouth en Angleterre en tant que consultant pour une entreprise inconnue. Habillé de façon pittoresque, alerte et volubile, Titu doit avoir la quarantaine. A peine dit bonjour, il nous raconte sa vie, nous dit que son oncle et dans le service anti-corruption de l’Etat, et que c’est un grand monsieur car “you know he could be very rich, but he was so honest that he prefered to struggle against corruption”. Etonné de voir des Occidentaux à Sylhet et après lui avoir dit que nous allions au musée Osmani, il nous a accompagné et dit aux malheureux gardiens à l’entrée du musée “ce sont mes amis vous comprenez, donc vous ne leur faites pas payer, ce sont des invités”. Avant d’ajouter à notre attention : “C’est bon j’ai tout arrangé, vous pouvez leur demander du café ou quoi que ce soit si vous en avez envie. Ce soir nous dînons ensemble ? 20h ? Parfait, quelle est votre hôtel et votre chambre ? Parfait, parfait, donc nous nous retrouvons là-bas à 20h”. Et au moment de le remercier “Don’t be stupid ! It’s normal”.

Titu et quelques personnes qui nous ont rejoint

Après avoir visité le musée qui était d’un intérêt très relatif et s’être de nouveau baladé en ville, nous avons donc mangé avec le fameux Titu. Un grand moment. Grand moment quand il se lança dans des diatribes constitutionnelles : “En Europe, le système contrôle le système. Au Bangladesh, ce sont les hommes qui contrôlent le système. Si demain je tue quelqu’un, mais que je connais un juge, je n’aurai absolument aucun problème. Et ce n’est pas bien. Mon oncle, d’ailleurs, etc.”. Puis ce fut le tour d’une analyse de politique internationale “Les Juifs sont en Angleterre, ils sont aussi aux Etats-Unis, ils sont à la tête du FMI, des grandes banques, les Juifs contrôlent le monde” ( rappel : les Israéliens sont interdits de séjour sur le territoire bangladeshi ). “You’re international, I’m international, we can speak together”, mais l’animal parle tellement qu’il est difficile d’en placer une. Au cours du repas, des amis et de la famille à lui nous rejoignent. Ce fut tout d’abord son frère : “Il va travailler en Angleterre. Il est moins éduqué que vous et que moi, mais il peut rester à table”. Puis d’autres personnes, de vingt, trente ou quarante ans. Et curieusement, tous étudiants. Même celui qui a l’air douteux et qui a une cicatrice qui lui court sur le visage, étudiant également. A la fin du repas, Titu paya la note “It’s my pleasure, don’t be stupid, in UK it’s, what ? 6 or 7 pound. You know it’s nothing”. Nous lui avons ensuite payer le café, pour entendre quelques unes de ces autres sorties spectaculaires.

Le fringant Titu, au milieu, en costume démodé

Une Réponse à “Sylhet”

  1. Balaindien dit :

    Comme dirait Jacquouille dans les visiteurs : ” DINGUE NON ?”
    Mais c’est tout ce qui fait le charme de ces voyages, la “magie” des rencontres et son lot de surprises !!!
    L’essentiel est d’en sortir vivant
    Il faut vivre dangereusement
    Namaste

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