Chittagong

Après Sylhet et Srimangal, nous avons repris le train pour aller vers le sud, à Chittagong, deuxième ville du pays. C’est un grand centre économie, d’autant plus important que c’est le premier port du pays. L’arrivée en train se fait en passant d’abord par d’interminables bidonvilles., le long des trains. Arrivés là-bas et après avoir trouvé un hôtel, nous avons commencé par aller voir deux célèbres mosquées. L’une d’elle a une forme vraiment amusante , en hauteur et toute en couleur. Nous nous sommes ensuite promenés dans la ville, rencontrant un étudiant heureux d’essayer son français sur nous : il étudiait le français à l’Alliance française. Le réseau de l’Alliance française est vraiment impressionnant, je ne m’attendais pas à en trouver jusqu’à Chittagong !

Nous sommes ensuite allés visiter l’ancienne résidence de Ziaur Rahman, qui a été le premier président de la République du Bangladesh en 1971. Il a été assassiné dans l’escalier principal de cette résidence, les taches de sang sur les murs sont d’ailleurs soigneusement préservées.

L'ancienne résidence de Ziaur Rahman, devenue un musée.

Puis nous sommes allés constater ce qui fait aussi la triste renommée de Chittagong : les chantiers navals. par chantier naval, il ne faut pas comprendre construction de bateaux, mais bien leur destruction. Les anciens navires, pétroliers, porte-conteneurs qui ont passé l’âge et ne correspondent plus aux normes dans les pays comme la France sont vendus à des entreprises établis dans des pays à peu de contrainte, pour y jouir d’un pavillon de complaisance ( genre Panama, Costa Rica, Bahamas … ). 63% de la marine marchande naviguant sous pavillon de complaisance, ça en fait pas mal. Une fois que ces navires sont devenus de véritables bateaux-poubelles, il se traînent jusqu’au Gujarat ou à Chittagong pour être démembrés ( le porte-avion français Clemenceau devait par exemple être démembré au Gujarat, avant de repartir piteusement en France ).

Nous avons donc pris le rickshaw sur une vingtaine de kilomètres, pour sortir de la ville. Le long de la route sont étalées des pièces de bateau sur des kilomètres, et on y trouve de tout, énormes moteurs, roues, pavillons, et de nombreux autres objets dont je ne connais pas la fonction. Arrivés à l’endroit de la casse des bateaux, nous nous dirigeons vers l’immense porte, mais on ne veut pas nous laisser entrer. En fait, un long mur protège l’activité des entreprises de casse du regard des indésirables. On nous dit d’aller à une autre porte plus loin. Nous reprenons le rickshaw, et nous faisons à nouveau refouler comme des malpropres ; décidément nous n’avons rien à faire ici. Troisième porte, même refus d’entrer, de jeter un oeil. Alexandre dit que nous sommes là pour des raisons universitaires, que nous faisons une thèse sur les ouvriers des chantiers navals de Chittagong ( carte d’étudiant à l’appui ), avant de proposer un backshish, mais rien à faire. Il faut aller plus loin encore, là où il n’y a plus de mur pour cacher l’activité des entreprises.

A 35 km de Chittagong, nous pouvons donc voir ces immenses carcasses de bateau en train de se faire démembrer. En demandant, à un responsable d’un chantier, on apprend que 3000 ouvriers travaillent dans son entreprise, et qu’il démembrent trois navires par an. La condition des ouvriers qui travaillent là est très dure. Il fait chaud, il y a de la poussière, ils inhalent toutes sortes de produits toxiques lorsqu’ils démembrent les bateaux. En donnant 100 takas à ce responsable, il nous laisse nous approcher un petit des bateaux, mais guère plus, et ne tient pas à ce que nous ne nous rapprochions. A la petite buvette où nous payons un tchai à notre chauffeur de rickshaw, nous avons plus l’air d’extra-terrestres que jamais. Et en quittant les lieux, nous voyons une file de travailleurs qui revient du chantier. Comme ils sont minuscules à côté du monstre qu’ils détruisent !

Des ouvriers en file indienne rentrant du travail

En revenant vers Chittagong, nous avons dû prendre ce qui doit être une des routes les plus dangereuses du pays. Il ne manquait plus que la petite musique pour se croire dans un jeu du style Mario Kart. En effet, la route est en bon état, du coup tout le monde fonce et se double. Le problème, c’est que cette route a la taille d’une départementale française, tracée droite. Et lorsque l’on a en face de soi, de front, deux camions et une jeep ( comment tout ça tient de front sur une départementale ? bonne question … ), et qu’on est en rickshaw, il y a vraiment moyen d’y avoir quelques sensations fortes, et quelques pensées morbides. Tout le monde double tout le monde. En fait, l’acte normal et premier est de dépasser, en toute circonstance. L’acte second est d’évaluer comment éviter les véhicules qui arrivent en face…

De retour à Chittagong, nous sommes allés voir  le cimetière de la Seconde Guerre Mondiale, puis l’Eglise catholique de la ville, la Portuguese Church.En regardant les tombes dans le cimetière, on s’aperçoit que plusieurs prêtres français y ont officié. Nous y avons croisé le Père Pierre Benoît, originaire du Québec, installé là depuis 1967, et qui semblait étonné et content de voir des Français.

Enfin, nous sommes allés sur les berges du fleuve Karnaphuli, qui traverse la ville, mais comme la nuit tombait et que nous n’avions pas particulièrement envie de refaire la curieuse promenade que l’on avait faite à Dhaka, nous n’avons pas pris de shikara. Une fois de plus, le long des berges, il y a sans cesse de l’agitation, du monde, du bruit, des odeurs.

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